Entre tensions géopolitiques, incertitudes monétaires et volatilité des marchés, les entreprises évoluent dans un environnement économique de plus en plus complexe. Pour les acteurs neuchâtelois, comprendre les grandes tendances macroéconomiques, anticiper les mouvements de change et sécuriser leurs marges sont devenus essentiels. A ce sujet, Maxime Botteron, économiste senior au sein de l’équipe du Chief Investment Office d’UBS Global Wealth Management, répond aux questions de la CNCI.
Dans le contexte actuel, quelles sont les perspectives macroéconomiques pour 2026 ?
Le contexte mondial reste porteur mais fragile. On attend une croissance du PIB américain proche de 2 % en 2026, soutenue par des baisses d’impôts et une demande privée solide, mais le rythme pourrait ralentir au second semestre avec la réduction du soutien budgétaire. La zone euro devrait croître de 0,8 %, avec un rebond attendu en deuxième partie d’année grâce à la stabilisation des prix de l’énergie et à l’assouplissement budgétaire allemand. En Chine, la croissance devrait atteindre 4,5–5 %, tirée par les exportations technologiques et vertes malgré une demande intérieure plus faible. Les principaux risques restent la persistance de prix élevés du pétrole, le conflit au Moyen-Orient et d’éventuelles erreurs de politique monétaire. Une résolution rapide des tensions soutiendrait la croissance, alors que des perturbations prolongées pèseraient sur les économies importatrices d’énergie.
En Suisse, la croissance devrait rester modérée à 0,7 % en 2026, le conflit au Moyen-Orient et la hausse des prix du pétrole pesant sur la confiance et l’activité. Un apaisement des tensions permettrait un rebond à 1,4 % en 2027. L’inflation devrait rester basse, dans la partie inférieure de la cible de la BNS (0–2 %), et le taux directeur devrait rester à 0 %. Les principaux risques sont la prolongation des tensions géopolitiques et une nouvelle appréciation du franc, qui pourraient freiner les exportations.
Quels sont aujourd’hui les principaux risques que les entreprises doivent avoir à l’œil ?
Les entreprises suisses doivent surveiller l’incertitude géopolitique, qui accroît la volatilité des marchés de l’énergie et fait grimper les prix du pétrole, pesant sur les coûts et la demande mondiale. L’appréciation du franc suisse reste un défi, réduisant la compétitivité des exportations et les bénéfices à l’étranger. La faible croissance dans la zone euro et de certains secteurs en Chine limite aussi les débouchés. Enfin, la volatilité des marchés et les évolutions rapides liées à l’intelligence artificielle compliquent la planification et exigent une grande flexibilité.
Quelles sont les grandes tendances à surveiller actuellement sur les marchés des changes ?
Les marchés des changes restent stables malgré la hausse de l’énergie et les tensions géopolitiques. Le dollar américain (USD) devrait s’affaiblir à moyen terme, son avantage de rendement diminuant si la Fed peut baisser ses taux, mais il pourrait se renforcer en cas de regain d’aversion au risque. L’euro (EUR), soutenu par la politique budgétaire, pourrait se stabiliser ou s’apprécier face au franc suisse si la situation se normalise. La livre sterling (GBP), sous-évaluée, devrait surperformer le CHF grâce à son rendement élevé et à la dissipation des risques politiques. Globalement, le franc suisse devrait s’affaiblir si l’appétit pour le risque revient, mais rester recherché en cas de tensions.
Quelles devises méritent, selon vous, une attention particulière de la part des entreprises neuchâteloises ?
Les entreprises neuchâteloises doivent accorder une attention particulière à l’EURCHF et à l’USDCHF, car plus de 60 % de leurs exportations et deux tiers de leurs importations sont liées à la zone euro et aux Etats-Unis. Ces deux paires de devises sont influencées par les tensions géopolitiques, les politiques monétaires et l’évolution du sentiment de risque global. L’euro pourrait se redresser face au franc suisse en cas d’apaisement des tensions (objectif à 12 mois : 0,93), tandis qu’un conflit prolongé renforcerait le CHF. Quant au dollar, le USDCHF pourrait légèrement reculer (objectif à 0,78), mais la volatilité restera élevée selon l’inflation américaine et le climat international. Dans ce contexte, il est recommandé d’adopter une gestion active et partielle du risque de change.
À partir de quand une entreprise devrait-elle envisager une stratégie de couverture de change ?
Une entreprise devrait envisager une stratégie de couverture de change dès que ses résultats financiers dépendent de flux en devises étrangères. Attendre une évolution favorable du marché ou se reposer sur une situation de confort expose à des risques, car l’évolution des taux de change est imprévisible et peut rapidement remettre en cause la rentabilité. La couverture permet de sécuriser le business plan, d’apporter de la visibilité et de se prémunir contre des chocs imprévus. Ne rien faire n’est pas neutre : cela expose l’entreprise à des risques de marché qui ne relèvent pas de son cœur de métier.
Quelles erreurs voyez-vous le plus souvent dans la gestion du risque de change ?
Ne pas se couvrir, c’est-à-dire faire du spot, revient à prendre une position ouverte sur le taux de change futur et donc à spéculer sans le vouloir. Beaucoup d’entreprises confondent la stabilité actuelle avec une absence de risque et attendent un taux de change plus favorable, ce qui les pousse à l’inaction. Il est fréquent de considérer la couverture comme une perte d’opportunité si le marché évolue dans le bon sens, alors qu’elle vise à sécuriser la marge. L’absence de politique de couverture écrite conduit à des décisions prises dans l’urgence. Enfin, les entreprises sous-estiment souvent l’impact potentiel de chocs systémiques sur les taux de change.
Les métaux précieux retrouvent une forte visibilité : comment interprétez-vous cette évolution ?
Les métaux précieux évoluent dans un contexte plus complexe : taux réels élevés, dollar fort, demande d’investissement moins dynamique. Pour l’or, la prudence domine à court terme, mais la demande structurelle (banques centrales) et un assouplissement monétaire attendu devraient soutenir les prix. Nous visons 5 500 USD l’once à 12 mois. L’argent reste stable autour de 80 USD/oz, le platine évolue dans un marché excédentaire et le palladium devrait passer en surplus, tous deux pénalisés par la faiblesse de la demande.
Quels sont les 5 conseils les plus importants que vous donnez en terme de devise et de métaux précieux aux entreprises neuchâteloises?
Pour les entreprises neuchâteloises, il est essentiel de définir un cours budget, un taux de change de référence qui garantit la rentabilité, et de s’y tenir pour la planification. Il faut identifier et quantifier précisément tous les flux en devises, en distinguant ceux qui sont certains, probables ou estimés, pour adapter le niveau de couverture. Diversifier les instruments de couverture, permet de réduire la volatilité et de garder de la flexibilité. Mettre en place une politique écrite, avec des règles claires sur la prise de décision, protège contre les décisions émotionnelles. Enfin, il est crucial de se rappeler que la gestion du risque de change vise à protéger la marge et la stabilité, et non à spéculer sur les marchés.






