Les entreprises neuchâteloises tirent un bilan contrasté de 2025 ; l’industrie a traversé une année difficile et mouvementée, alors que la situation a été jugée globalement positive dans les services. Selon la dernière enquête conjoncturelle de la CNCI, l’activité se détériore nettement en 2026, ce qui se répercute aussi sur les investissements et l’emploi. La situation conjoncturelle reste marquée par l’incertitude et des contrastes entre les secteurs. Les liquidités sont globalement maîtrisées, alors que l’intelligence artificielle est de plus en plus intégrée dans le fonctionnement des entreprises.
Dans le canton de Neuchâtel, les entreprises du secteur tertiaire sont plutôt satisfaites de l’année écoulée. Presque deux sur cinq jugent que 2025 fut une année «bonne» à «très bonne», contre un quart qui émet un jugement négatif. L’industrie, quant à elle, continue d’aligner les exercices délicats ; 46% des entreprises industrielles interrogées ont une appréciation négative de 2025, contre 28%, positive.
Pour 2026, la part des entreprises anticipant une année plutôt mauvaise que bonne est supérieure, quels que soient le domaine d’activités et la taille des entreprises. 57 % des entreprises anticipent des niveaux d’investissement identiques ; pour les autres, elles sont plus disposées à réduire leurs investissements qu’à les augmenter, signe d’un climat marqué par la retenue et l’incertitude. 71% des entreprises sondées prévoient de stabiliser leurs effectifs ; les moyennes et grandes entreprises expriment plus fortement une intention de réduire leurs effectifs que les petites structures, ce qui traduit une logique d’ajustement plus marquée à mesure que la taille de l’entreprise augmente.
Au niveau des préoccupations, la situation économique générale occupe la première place (75% pour l’industrie et 72 % pour les services). Les entreprises de services sont principalement préoccupées par la recherche de nouveaux clients (39%), la concurrence (31%) et l’excès de réglementation (27%), alors que les sociétés industrielles plus orientées vers le marché extérieur sont d’abord préoccupées par le niveau du franc suisse (38%) et par le prix des matières premières (33%).
Situation financière des entreprises : contrastes et points de vigilance
En termes de liquidités, la situation financières des entreprises est globalement maîtrisée, mais contrastée: 37% des entreprises la jugent bonne à excellente, 40% satisfaisante et 23% fragile à critique. En ce qui concerne la situation financière des entreprises, plus ces dernières sont grandes, plus la situation de liquidités paraît robuste, avec un avantage visible pour les services par rapport à l’industrie. 8% des entreprises signalent des difficultés à obtenir des crédits bancaires (11% dans l’industrie et 6% dans les services). Parmi les difficultés déclarées, les deux premières causes signalées sont la politique restrictive des banques et des situations financières jugées trop fragiles (53%). 36% des entreprises sondées sont d’avis que la réduction du nombre de banques restreint l’accès au crédit.
L’IA s’installe dans les entreprises
Le recours à de l’intelligence artificielle (IA) s’impose de plus en plus au sein des entreprises neuchâteloises. 77% affirment utiliser des outils IA, principalement pour la génération de texte (86%) : par rapport aux autres entreprises de l’échantillon, les entreprises de plus de 100 collaborateurs recourent plus intensément à l’IA pour l’analyse de données / prévisions et pour l’automatisation des tâches. Des gains d’efficience et de productivité sont attendus pour 76% des entreprises sondées. L’amélioration des compétences du personnel (38%), la diminution des coûts (29%) et la réduction des frais fixes (28%), comme celles liées au personnel et aux infrastructures, motivent aussi les entreprises neuchâteloises à recourir à l’IA. La proportion d’entreprises ayant un déploiement structuré de l’IA reste encore marginale (9%). Pour les autres répondants, il s’agit principalement d’usages individuels des collaborateurs (40%) ou de tâches spécifiques pour lesquelles l’IA est utilisée (28%).
La sécurité des données est le principal frein à l’utilisation ou la généralisation de l’IA pour 51% du panel. Le manque d’usages clairs (37%) et le manque des compétences (36%) constituent deux autres freins. 48% des entreprises sondées prévoient d’augmenter l’utilisation de l’IA dans les deux prochaines années. Une distinction selon la taille des entreprises doit être faite : 80% des entreprises de plus de 100 personnes et 55% des sociétés de plus de 30 personnes envisagent une augmentation, alors que les entités plus petites y sont moins enclines. Dans ce sondage, il ressort que l’IA est perçue comme une menace pour 5% de l’échantillon; elle est d’abord vue comme une opportunité (48%), même si une grande partie des entreprises garde une vision lucide sur les risques associés (47%).
Commentaire de Florian Németi, Directeur de la CNCI
« Les résultats 2025 attestent de la résilience du tissu économique de notre canton, mais la dynamique s’essouffle nettement pour 2026, quels que soient les secteurs d’activités et les tailles des entreprises. Les chiffres sont inquiétants et confirment les échanges informels que nous avons avec des patrons et des dirigeants de PME neuchâteloises. Face aux incertitudes géopolitiques et aux pressions sur les marges, les entreprises ont besoin de prévisibilité, d’un allègement des lourdeurs administratives, de moins de taxes, d’un accès plus fluide aux marchés, aux talents et aux divers instruments de soutien. Fort heureusement, le pourcentage d’entreprises rencontrant des difficultés à recourir à de nouveaux crédits est plutôt faible; pour les entreprises concernées, il importe qu’elles s’adressent à des institutions comme Cautionnement Neuchâtel qui peuvent les soutenir dans l’octroi de nouveaux crédits visant notamment à couvrir des besoins en trésorerie ou à acquérir des machines ou des équipements voire à refaire des stocks. L’enquête met en lumière le recours toujours plus important de l’IA dans les entreprises, désireuses de gagner en efficience et en productivité. L’intérêt pour l’IA est grandissant. D’ailleurs, les cours donnés par la CNCI sur ce sujet affichent régulièrement complets. ».
Une enquête représentative
L'enquête a été menée par la CNCI du 12 mars au 7 mai 2026. 29% des membres sollicités y ont répondu, ce qui correspond à 261 réponses (104 entreprises industrielles et 157 sociétés de services). L'ensemble des entreprises ayant répondu au questionnaire occupe 11’313 collaborateurs dans le canton.





