L’importance du sommeil et ses impacts au travailEntretien avec Myriam Roberge-Dion

    • Durabilité comme opportunité

    En Suisse, un tiers des gens souffre d’un trouble du sommeil, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) ! En février dernier, la ligue pulmonaire suisse, pour sa part, estimait que l’économie souffre fortement du fait que la population helvétique dorme mal. Elle évalue ce problème à près de 9 milliards par an, en perte sèche pour le produit intérieur brut (PIB). Cela pose donc un réel défi – et un coût important – pour les entreprises. Car, le manque de sommeil, tout comme une qualité insuffisante de celui-ci, peut provoquer une baisse de productivité au travail et une hausse des risques d’accidents professionnels, favoriser l’absentéisme ou le présentéisme, allant même jusqu’à occasionner l’épuisement professionnel.  Pourtant, cette thématique passe encore souvent sous le radar des préoccupations en milieu professionnel. La CNCI l’a déjà abordée en 2025 et – afin de donner de nouveaux conseils et outils pour y faire face – elle saisit l’opportunité du passage en Suisse de Myriam Roberge-Dion, pionnière québécoise de la réadaptation du sommeil, conférencière spécialisée dans le domaine de la santé, du sommeil et du mieux-être et auteure du livre : « L’insomnie, c’est fatigant! ».


    Comment l'épuisement professionnel et les troubles du sommeil sont-ils interconnectés ? 
    Les effets du manque de sommeil sont dévastateurs sur la santé mentale et physique. On parle entre autres d’une dérégulation des hormones, de détresse psychologique, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires, d’une moins bonne gestion du stress et bien plus encore. En dormant moins, nous amplifions malgré nous les autres types de fatigues- mentale, émotionnelle, nerveuse, physique ou sensorielle, augmentant les risques de burn-out. Parallèlement, on remarque aussi comme prémisse d’un épuisement professionnel un accroissement des insomnies. La fatigue exacerbera alors les symptômes de la personne qui s’enlisera dans un cercle vicieux et dangereux.

    Est-ce qu’il y a des signes avant-coureurs d'une mauvaise nuit qui indiquent qu'un employé glisse vers l'insomnie chronique ?
    Oui, le manque de sommeil lié aux mauvaises nuits qui s’accumulent ainsi que la frustration qui en résulte ont des effets souvent notables au travail. On peut remarquer une perte d’efficacité, davantage d’erreurs d’inattention, une humeur changeante, des difficultés relationnelles, un manque général de concentration ou encore, une impression de surcharge même pour de petites tâches. Pour être en mesure de soutenir l’employé, on ne peut pas sous-estimer les défis personnels de l’employé qui sont intimement reliés aux troubles du sommeil. Divorce, mortalité, proche-aidance, nouveau-né, par exemple. Il faut aussi se montrer attentif aux absences répétées ou aux retards. Certaines personnes se sentiront obligées de mentir sur la cause de leur état, ne se sentant pas écoutées ou comprises quand elles disent mal dormir. A cet égard, un employeur capable de montrer de la compréhension et de l’empathie a plus de chance de pouvoir aider ses collaborateurs !

    De quelle manière l'hyperconnexion et l'utilisation des écrans après les heures de bureau perturbent-elles la récupération ?
    L’accès facilité aux courriels et aux textos du travail rendent difficile le décrochage mental nécessaire à la récupération à la fin de sa journée. De plus, le contenu addictif omniprésent sur les écrans, combiné à la lumière bleue (la même onde que le soleil), inhibe les signaux de fatigue, empêchant un repos optimal. Pour une détente efficace avec de réels bénéfices pour évacuer le stress, je conseille plutôt de se tourner vers le sport, une activité sociale ou encore la lecture. Un truc apprécié pour éviter les écrans et se changer les idées? Mettre physiquement de côté son cellulaire ou son ordinateur à la fin de la journée de travail, sans oublier sa montre intelligente.

    Quelles sont les meilleures pratiques pour éviter les pièges qui transforment un stress occasionnel en insomnie persistante ?
    Tout d’abord, il s’agit d’être proactif dès les premiers signes avant-coureurs. Ne pas subir les mauvaises nuits en présumant que ce n’est qu’une situation temporaire. Ensuite : neutraliser les pensées envahissantes la nuit. Pour cela, il faudra être discipliné pour faire une coupure le soir et éviter les stimulations cognitives telles que le travail, la prise de décision, la planification ou tout autre souci, etc.

    Voici trois astuces pour gérer efficacement les périodes de stress et atteindre un sommeil plus réparateur. 

    • Prendre des respirations profondes plusieurs fois par jour pour apaiser le système nerveux tout en oxygénant le cerveau.  
    • Augmenter son apport en nutriments pour optimiser la capacité de ses cellules lors d’une période intense. 
    • Bouger davantage pour activer la circulation sanguine et ainsi réparer les dommages créés par le stress.
    • Et bien sûr, ne jamais sous-estimer l’importance de son sommeil pour survivre aux périodes de stress intense et pour les échéanciers! Il ne faut surtout pas couper dans l’essentiel.

    Comment l'entreprise peut-elle instaurer des limites saines pour protéger le repos et l'énergie de ses employés ?
    Une limite saine devra être cohérente avec la façon de faire des gestionnaires. On prêche par l’exemple et dans ce contexte, les actions sont beaucoup plus efficaces que les règlements. On parle d’une culture d’entreprise qui :

    • Mise sur une vision à long terme et une volonté sincère de protéger la santé de ses employés.
    • Décourage l’hyperdisponibilité.
    • Encadre les employés qui ont tendance à être surinvesti, afin de leur éviter les surcharges.
    • Est attentive au contexte de la vie personnelle de l’employé tout en offrant, si nécessaire, de la flexibilité pour les soutenir.
    • Rend accessible et promeut l’exercice au travail avec des équipements appropriés et des activités organisées.
       

    Quels outils concrets peut-on intégrer dans une approche de réadaptation naturelle du sommeil pour les travailleurs aux horaires atypiques ou sous forte pression ?
    Il est possible de se créer artificiellement une routine pour conditionner une réponse physique d’endormissement. La discipline et la répétition seront nécessaires pour enseigner à notre corps à quel moment il doit créer son hormone du sommeil et ainsi permettre des nuits réparatrices.
    Loin de l’instantanéité des somnifères, cette méthode nécessite de la persévérance (4 à 6 semaines) pour accentuer les signes du jour et de la nuit du nouvel horaire. Je recommande d’impliquer la maisonnée entière dans ses efforts pour éviter le bruit, les appels et les textos, puis pour encadrer ses disponibilités ainsi que les activités familiales. 


    Comment aider un employé qui n'arrive plus à « lâcher prise » et dont le mental est constamment en éveil le soir ?
    Très bonne question ! Avant toute chose, je crois sincèrement que la part de responsabilité d’un employeur est de ne pas encourager le travail hors des heures rémunérées pour favoriser le décrochage mental. Le meilleur exemple serait d’éviter les communications reliées au travail les soirs et pendant les vacances.

    Voici d’abord quelques techniques de lâcher-prise que les collaboratrices et collaborateurs peuvent intégrer à la maison 

    • Se donner des temps de repos et d’introspection à travers la journée pour éviter que ces pensées viennent nous déranger la nuit. 
    • Arrêter tranquillement les stimulations pendant environ 1h30 avant l’heure désirée du coucher.
    • Juste avant de se mettre au lit, faire une activité de concentration pour apaiser définitivement l’esprit. Lecture scientifique, apprentissage d’une langue, par exemple. 
       

    Ensuite, on pourra proposer des ateliers sur le sommeil, la gestion du stress, le repos et l’insomnie pour investir dans la santé mentale et physique des équipes, et ce, régulièrement.

    Conférence le 16 septembre chez Cicorel

    • Le mercredi 16 septembre, à 16h15, Myriam Roberge-Dion donnera une conférence intitulée « Mieux dormir, un gage de succès ! ». Celle-ci se déroulera dans les locaux de l’entreprise Cicorel SA, Route de l’Europe 8 à Boudry. 
    • Frais de participation: CHF 20.- par participant
    • Information et inscription jusqu’au 11 septembre auprès de : tsilla.gaille@cicor.com, 032 843 05 00.

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