Stéphane Fallet est entrepreneur, spécialiste de l’intelligence artificielle et de la transformation digitale des entreprises. Président d'AI Swiss, il accompagne les organisations dans l’intégration concrète de l’IA afin d’améliorer leur efficacité, leur croissance et leur relation client. Stéphane Fallet s’engage activement pour une IA accessible, pragmatique et centrée sur l’humain, en particulier au service des PME suisses. Il réagit aux résultats de l’enquête de la CNCI au sujet de l’utilisation de l’IA.
Quels résultats de cette enquête confirment ce que vous observez au niveau d'AI Swiss ?
Trois constats résonnent directement avec ce que je vis sur le terrain, tant chez AI Swiss que dans les entreprises que j'accompagne. D'abord, la prédominance de l'usage individuel (environ 40%), concentré sur la génération de texte : les collaborateurs utilisent ChatGPT de manière isolée, sans cadre institutionnel. Ensuite, le "manque de compétences" et le "manque d'usages clairs" comme freins principaux, c'est exactement ce que me rapportent les dirigeants et conseils d'administration auprès desquels j'interviens. Enfin, la perception largement positive de l'IA (95% y voient une opportunité, seule ou combinée à un risque) confirme que l'enjeu n'est plus la sensibilisation, mais l'opérationnalisation.
Quels résultats de cette enquête vous ont surpris ?
Deux éléments m'interpellent. Premièrement, les 25% d'entreprises industrielles déclarant ne pas utiliser l'IA du tout. Dans mes missions d'implémentation, je découvre systématiquement du "Shadow AI" : des employés qui utilisent l'IA sans en informer leur hiérarchie. Le vrai chiffre est probablement bien supérieur. Deuxièmement, la sécurité des données n'est citée comme frein que par 15% des répondants, alors que des études en Suisse la place en risque numéro un à 60%. Ce décalage révèle que les entreprises sondées n'ont pas encore été confrontées aux défis concrets de gouvernance des données, un sujet que nous abordons systématiquement dans nos formations et nos interventions en conseil d'administration.
Source: https://www.onfuture.ch/etude-ubs-ia-entreprises-suisses-2026/
Quelles données complémentaires devraient encore compléter le tableau?
Il faudrait encore rajouter trois dimensions essentielles: la distinction entre outils publics gratuits et solutions d'entreprise sécurisées (pour évaluer le vrai niveau de maturité) ; la question de la gouvernance IA (chartes, directives internes, seulement 25% des entreprises suisses ont une stratégie IA formalisée selon ETH/Swissmem) ; et la mesure du ROI réel, car si 70% attendent une efficience accrue, combien l'ont effectivement mesurée ? Ce sont des indicateurs que nous suivons de près dans nos projets.
https://www.procab.ch/en-suisse-un-retard-dadoption-qui-freine-la-croissance-des-pme/
Seulement 9% des entreprises sondées ont un déploiement structuré. D'après votre expérience, comment y ont-elles procédé ?
Pour avoir accompagné plusieurs de ces entreprises, je recommande cette approche : partir du problème métier, jamais de la technologie. Concrètement, elles ont d'abord structuré leurs données, puis formé leurs équipes dans une logique de "co-pensée humain-IA", et enfin identifié des cas d'usage précis avec des KPI mesurables. Ce qui les distingue : un sponsor au niveau de la direction, une gestion de projet rigoureuse et un accompagnement structuré. Leurs motivations ? Compétitivité internationale, pallier la pénurie de main-d'œuvre et transformer des données dormantes en actifs stratégiques.
Quelles évolutions anticipez-vous pour les 12 à 24 prochains mois ?
Je m'attends à une bascule significative de l'"usage individuel" vers le "déploiement structuré". Les PME réaliseront que l'usage isolé d'outils publics pose des risques et limite les gains à l'échelle de l'entreprise, un message que nous portons activement auprès des directions. Les budgets augmenteront : l'investissement se déplacera des licences logicielles vers l'intégration, la sécurisation des données et la formation. Je m'attends aussi à l'émergence du rôle de "référent IA" dans les PME de 30 à 100 collaborateurs, un profil que nous aidons déjà à structurer.
Quels cas d'usage prioritaires de l'IA avec quels impacts voyez-vous en fonction de la taille et de l'activité ?
Fort de l'expérience accumulée dans l'accompagnement de dizaines d'entreprises, je peux synthétiser les cas d'usages prioritaires avec les impacts attendu avec les 4 classes suivantes :
- Micro-entreprise (<10 emp.): Automatisation administrative (offres, e-mails, synthèses) | Gain de temps immédiat pour le dirigeant
- Entreprise de 50-100+ employés: Plateforme IA d'entreprise avec gouvernance et formation transversale | Transformation systémique mesurable
- PME Services (10-50): Assistant de connaissances interne + automatisation marketing | Réduction du temps de recherche, intégration accélérée
- PME Industrielles: Analyse prédictive ou contrôle qualité par vision par ordinateur | Réduction des rebuts, maintenance optimisée
Un règle d'or prévaut: il faut commencer par un processus interne bien défini, mesurer, puis itérer.
Comment sélectionner un prestataire pour une utilisation de l'IA ?
Deux profils complémentaires sont nécessaires : un partenaire stratégique neutre (pour la feuille de route, la gouvernance au niveau du board et l'identification des cas d'usage) et un intégrateur technique local pour l'implémentation. L'écosystème romand dispose aujourd'hui des compétences pour répondre à ces défis: formation, project management IA, gouvernance et implémentation.
Je proposerais trois critères de sélection:
- l'approche par le problème métier, pas par la technologie
- la transparence totale sur la souveraineté des données
- le transfert de compétences inclus dans chaque projet. L'objectif est de rendre les entreprises autonomes, pas dépendantes: c'est la philosophie que nous défendons chez AI Swiss.
Résultats de l'étude
Étude UBS — "Outlook Suisse : Intelligence artificielle", Mai 2026
Enquête menée avec l'institut Intervista auprès de 2'500 entreprises suisses.
Article ICT Journal : https://www.ictjournal.ch/etudes/2026-05-19/lia-progresse-dans-les-entreprises-suisses-mais-sans-adoption-systematique
Décryptage On Future : https://www.onfuture.ch/etude-ubs-ia-entreprises-suisses-2026/
Article Le Temps : https://www.letemps.ch/cyber/un-peu-perdues-face-a-l-intelligence-artificielle-les-entreprises-suisses-adoptent-des-comportements-tres-differents
ETH Zurich / Swissmem (2024 ) — Stratégie IA des entreprises suisses
Chiffre clé : 25% des entreprises suisses disposent d'une stratégie IA formalisée, 54% encore en phase de test, 9% utilisent l'IA de manière structurée.
Synthèse Procab : https://www.procab.ch/en-suisse-un-retard-dadoption-qui-freine-la-croissance-des-pme/
Autres sources complémentaires consultées (non citées directement mais utiles ) :
Étude AXA 2025 — 34% des PME suisses utilisent l'IA pour automatiser (vs 23% un an avant) : https://mcva.ch/insight/analyse/competences-ia-suisse-valais
OCDE — "L'adoption de l'IA par les PME" (décembre 2025 ) : https://www.oecd.org/fr/publications/l-adoption-de-l-ia-par-les-petites-et-moyennes-entreprises_1dbf96ef-fr.html
On Future — État des lieux complet IA entreprises suisses 2026 (53% d'utilisation ) : https://www.onfuture.ch/intelligence-artificielle-dans-les-entreprises-suisses-etat-des-lieux-complet-en-2026/


